Toutes les attaques des Prussiens ne faisaient qu’irriter le courage de l’armée française, dont la position semblait inexpugnable.

Le roi de Prusse et son généralissime Brunswick commençaient à s’inquiéter.

Les mouvements populaires sur lesquels ils avaient compté ne venaient pas. Les paysans, terrifiés d’abord de leurs proclamations, commençaient à redresser la tête, et sortaient les vieux fusils de leurs cachettes.

Les soldats prussiens commençaient à sentir la faim, et quand ils n’ont pas à manger «plein leur ventre,» ces robustes gens du Nord, ils sont bien malades. On commençait à les rencontrer le long des routes, blêmes, les joues creuses, l’œil brillant, tremblant la fièvre, en quête de quelques mauvais fruits verts, qui étaient comme un poison pour leur estomac délabré, et qui les prédisposaient aux atteintes de la dysenterie.

Alors, ceux qui avaient tant calomnié Dumouriez, devenus ses flatteurs, ne savaient par quels éloges hyperboliques faire oublier leurs blâmes, et le pressaient de livrer bataille.

—Avec une armée telle que la vôtre, lui disaient-ils, la victoire ne saurait être douteuse.

Mais lui, dont la tête restait froide, au milieu des plus brûlantes émotions, répondait tranquillement:

—Laissez faire le temps, laissez faire les pluies!... Livrer une bataille, moi! pas si fou, je pourrai la perdre!... Renfermons-nous dans nos places fortes, hors de la portée des Prussiens; faisons le vide autour d’eux, coupons-leur les vivres, harcelons-les, fatiguons-les, tâchons que la France devienne pour eux un désert où ils erreront comme des loups affamés, et nous en viendrons à bout sans combat.

La fortune nous souriait enfin, quand une faute de Dumouriez mit la France à deux doigts de sa perte, et changea la belle situation dans laquelle il se trouvait en une position plus critique et plus dangereuse que jamais.

Il avait placé à la Croix-aux-Bois un colonel de dragons avec son régiment, deux bataillons de grenadiers et quatre pièces de campagne.