Cette force lui avait paru suffisante pour garder ce passage très difficile, d’autant plus que ce colonel lui avait mandé qu’il avait exécuté ponctuellement ses ordres, et que ses retranchements et ses abatis étaient inattaquables, qu’il les avait prolongés jusqu’à la tête du bois, qu’il avait rendu la route impraticable par des tranchées et par des puits.

Le colonel mandait qu’outre ses bataillons il y avait à Vouziers un excellent bataillon de volontaires des Ardennes, et un de ceux de l’ancienne garnison de Longwy, qu’en leur donnant des armes, ils suffiraient amplement à la défense de ce passage...

Il demandait en conséquence à rejoindre Dumouriez en ramenant avec lui un de ses bataillons et trois escadrons de son régiment.

Dumouriez, sans autre examen, et avec une légèreté impardonnable, en un chef d’armée, ajouta foi au rapport de ce colonel qui avait fait la guerre en Amérique, qui était d’un âge mûr et qui ne paraissait pas devoir en imposer.

La lettre du colonel était du 11 septembre.

Le 12, Dumouriez lui envoya l’ordre de laisser 200 hommes dans les retranchements, et de rentrer avec le reste de sa division.

En même temps, il donnait au commandant de son artillerie, l’ordre le plus positif d’envoyer sur le champ 600 fusils au bataillon des Ardennes avec cent cartouches par arme.

Bien plus, il ordonna au commandant de ce bataillon des Ardennes d’aller occuper les retranchements de la Croix-au-Bois avec sa troupe et trois cents cavaliers de la gendarmerie nationale qui se trouvaient en garnison à Vouziers.

Quoique la Croix-au-Bois fût très près de Grand-Pré, Dumouriez n’avait jamais trouvé le temps d’aller visiter ce poste si important.

Il s’en était rapporté à la fidélité des cartes, comme s’il n’eût pas su que les cartes, en France, ne semblent faites que pour induire en erreur ceux qui les consultent.