Un temps affreux l’aida à se sauver.

Il se garda bien de faire aucun préparatif apparent de départ, aucun mouvement, aucun déplacement, surtout à l’avant-garde, tant qu’il fit jour...

Au milieu de tous ses embarras, le général prussien prince de Hohenlohe lui ayant fait demander une entrevue, il comprit que l’ennemi se défiait et voulait pénétrer dans ses lignes...

Cependant ne pouvant se rendre au rendez-vous et sentant quels soupçons eût excités un refus, il y envoya le général Duval.

Le prince de Hohenlohe fut exact, tout se passa en politesse réciproques, et le prince ne cacha pas sa surprise à Duval de voir tant d’ordre dans ses postes, et tant d’officiers parfaitement polis...

Les émigrés avaient dit aux Prussiens que l’armée française n’était commandée que par des bijoutiers, des cordonniers et des tailleurs ignorant même comment se charge un canon.

Duval, officier d’une haute intelligence désabusa l’émissaire prussien, lui expliquant que tous les généraux français avaient fait plusieurs campagnes, et que le général en chef, Dumouriez avait gagné tous ses grades sous l’ancienne monarchie.

Le prince de Hohenlohe ne put rien surprendre d’une retraite que tout le monde ignorait encore, et Duval—mentant d’autant mieux qu’il croyait dire la vérité,—annonça que le lendemain Beurnonville et Kellerman devaient arriver à Grandpré.

Cependant la nuit venue, l’avant-garde se replia en trois colonnes, sans bruit, n’ayant ni augmenté ni diminué ses feux, la droite par Marque, le centre par Chevières et la gauche par Grandpré.

Elle rompit les ponts après elle. Duval et Stengel la commandaient. Ils firent halte, pour donner à l’armée le temps de se mettre en marche étant chargés de faire son arrière-garde.