Le vieux capitaine Coutanceau, qu’on eût cru assoupi dans son fauteuil, s’était dressé en pied.
Il s’avança jusqu’au milieu de nous, et d’une voix vibrante, de cette voix dont il électrisait l’âme de ses soldats:
—Ah! ils le veulent!... s’écria-t-il. Ah! ils nous provoquent et nous défient!... Eh bien! tant mieux!... A Berlin!
Mais il faudrait connaître le capitaine Coutanceau, pour se faire une juste idée des émotions qu’il remua en nous.
Celui-là est un des derniers, un des rares survivants de ces héroïques bataillons qui firent de leur poitrine un rempart à la France menacée.
Successivement il a vu tomber autour de lui tous ceux de sa génération, et il est resté debout, pareil à ces vieux chênes épargnés par la cognée qu’on aperçoit de loin en loin s’élevant au-dessus des taillis.
Il doit avoir quatre-vingt-seize ou dix-sept ans, mais c’est à peine si on lui en donnerait soixante-dix, lorsqu’il sort pour sa promenade quotidienne, le pied solide encore, la taille droite dans sa longue redingote de gros drap.
Le voir c’est être frappé de respect, tant éclate sur sa physionomie sereine toutes les vertus dont il a honoré sa vie, tant reflète sur son front et la fierté de son âme et la noblesse de son intelligence. Qui n’a pas la conscience nette, doit se troubler sous le regard perspicace de ce vieillard qui jamais, j’en jurerais, n’a eu seulement une pensée dont il eût à rougir.
Et indulgent avec cela, et bon, et faible! Ah! ses petits enfants ont terriblement abusé de lui quelquefois!
Tel est l’homme qui se dressait au milieu de nous, imposant et sublime comme si toutes les gloires de la patrie se fussent incarnées en lui.