—Oui, tant mieux! poursuivait-il. A cette heure, je bénis le ciel de m’avoir accordé une existence si longue... Je verrai donc notre revanche avant de mourir... la revanche de 1815... Ah! si seulement j’avais trente ans de moins!... Mais vous êtes là, mes petits-fils, vous êtes là, Louis et Henri...

D’un même mouvement enthousiaste, les deux jeunes gens serrèrent la main de leur aïeul.

—Nous comptions te demander la permission de nous engager demain, grand’père, dirent-ils...

Un sourire éclaira le visage du vieillard: il se reconnaissait.

—Bien, cela, fit-il, très-bien!... Pardieu! il eût fait beau voir qu’on se fût battu sur le Rhin et qu’il ne se fût pas trouvé un Coutanceau à la bataille...

Mais il s’interrompit. Il venait de surprendre une larme dans les yeux de sa fille.

—Pourquoi pleurer Marie-Louise, fit-il d’un ton de reproche... C’est ici une guerre juste, une guerre nationale, le devoir des enfants est de partir...

Et plus doucement:

—Réfléchis donc, chère fille, que plus il partira de volontaires, plus la victoire sera sûre, moins le danger sera grand... La raison et le devoir sont d’accord... Ah! s’ils se levaient en masse, tous ceux qui sont en état de porter les armes et de courir à l’ennemi, la guerre serait finie demain... la Prusse, épouvantée, se rendrait sans combat...

Il ne put s’empêcher de rire à cette idée, et gaiement: