—D’ailleurs, ajouta-t-il, Berlin n’est pas au bout du monde... On y va très-bien, et même on en revient...
Nous savions tous que le capitaine Coutanceau avait fait les guerres de la Révolution et de l’Empire, et même nous nous étions souvent étonnés qu’un homme de sa valeur fût resté dans les grades inférieurs, alors que tant de ses anciens camarades étaient morts généraux et même maréchaux de France.
Cela tenait, disait-on, à un drame terrible auquel le capitaine s’était trouvé mêlé, et qui avait brisé sa carrière—mais personne jamais n’avait osé le questionner à ce sujet.
Ce soir-là on fut plus hardi.
—Ah! capitaine, insinua son ami le docteur, si vous vouliez...
Il comprit et, clignant de l’œil:
—Je vois bien, fit-il, où vous voulez en venir... Eh bien! je ne dis pas non... Mais plus tard. Ce soir, je me dois à ces deux enfants qui, peut-être, avant un mois seront, en face des Prussiens... Je veux leur dire quels sont ces ennemis à qui ils vont avoir affaire...
On avança son fauteuil, il s’assit et commença:
—Pour vous donner, même par à peu près une idée de Paris dans les premiers jours du mois de juin 1792, il faudrait, mes amis, une éloquence que je n’ai pas.
Non, jamais je ne saurais vous rendre la terrible fermentation des esprits, l’exaltation des espérances, cette fièvre qui s’était emparée de nous tous et qui nous transportait hors de nous-mêmes.