—Comme cela, insista-t-il, c’est bien vrai: si elle vous écrit, vous irez à son rendez-vous.

Ce fut mon tour d’être stupéfait.

—Comment sais-tu qu’elle doit m’écrire? dis-je.

—La belle malice!... Je marchais sur vos talons, quoiqu’elle cherchât à vous éloigner de mes oreilles, la fine mouche, et j’ai tout entendu.

A quoi bon nier, puisque pour dérober à mes parents le secret de cette correspondance je devais avoir besoin de la complaisance de Fougeroux.

—Si j’avais ce bonheur, répondis-je, qu’elle me donnât un rendez-vous, je passerais au travers du feu pour y courir.

C’est d’un air consterné que le brave garçon leva les bras au ciel.

—Y pensez-vous, monsieur Justin! s’écria-t-il. Revoir une ennemie de la nation, une émissaire de Coblentz, une amie de madame Véto.

Il n’était guère, alors, de patriote qui n’eût partagé la répulsion de Fougeroux, tant était abominable la réputation de Marie Antoinette et des femmes de son intimité.

Même, beaucoup ont prétendu que c’était la Révolution, que c’était le peuple, qui avait inventé les calomnies atroces qui se débitaient en 92. C’est faux.