Mais ce qui l’émerveillait le plus, c’est que le mastic employé pour sceller la pierre, avait été composé avec des cendres d’anciens titres de noblesse...

—Tout cela, soupirait M. Doniol, ne fera pas vendre une paire de gants!...

J’étais jeune, je ne pouvais m’empêcher de rire des gémissements de notre voisin, et cependant, il était bien naturel qu’il s’affligeât. Ce n’est pas quand une nation se sent menacée dans son existence même, qu’elle songe à s’acheter des gants.

Et on peut dire que l’immense péril de la France grandissait d’heure en heure.

Alors, les journaux commençaient à donner sur les Prussiens des renseignements précis. On savait que leur armée était de quatre-vingt-dix mille hommes, tous vieux soldats, commandés par le duc de Brunswick, qui passait alors pour le meilleur général de l’Europe, ayant fait ses preuves sous le grand Frédéric, pendant la guerre de Sept-Ans.

On savait aussi que le roi de Prusse s’avançait avec son armée.

Mais ce qui portait à son comble l’exaspération, c’était la certitude où on était que mêlés à ces étrangers, marchaient pour combattre la patrie, vingt-deux mille gentilshommes émigrés, parmi lesquels les frères et les amis du roi.

Comment, après cela, eût-on cru à la sincérité du roi, en admettant qu’il eût été sincère!...

—Il est avec nous par force, disaient les patriotes; il est clair que son cœur est avec les Prussiens, avec ces nobles qui composaient autrefois sa cour, et c’est pour leur triomphe que sont tous ses vœux...

Et il faut bien le reconnaître, le roi et la reine semblaient prendre à tâche de ne négliger aucune imprudence pour accréditer ce bruit qu’ils pactisaient avec l’étranger.