—Décidément, répondait-il à mes doléances, décidément elle vaut mieux que je ne croyais, cette jolie aristocrate. Elle s’est simplement moquée de vous, M. Justin, et ce rendez-vous n’était qu’un prétexte pour nous fausser poliment compagnie... Croyez-moi, c’est une fière chance que vous avez là.
C’était si peu mon opinion, que je me jurai que je retrouverais l’ingrate, me fallut-il, pour y arriver, fouiller une à une toutes les maisons de Paris...
On se fait pourtant de ces serments-là, à l’âge que j’avais!...
Mais il n’était pas besoin de telles extrémités, puisque je savais ou que je croyais savoir plutôt, qu’elle demeurait aux Tuileries.
De ce moment, je passai mes journées à rôder autour du palais, faisant faction des heures entières devant les guichets, dévisageant toutes les femmes qui allaient et venaient, me donnant le torticolis à épier les ombres qui glissaient le long des fenêtres.
Je me disais qu’à force de temps et de patience, je finirais bien par l’apercevoir, cette jeune fille, dont le souvenir était devenu mon tourment.
Cependant, je perdais mes peines, quand un matin, en traversant le Carrousel, je fus heurté assez rudement par un gentilhomme en uniforme de fantaisie, qui, marchant dans le même sens que moi venait de me dépasser.
J’ouvrais la bouche pour lui reprocher sa maladresse, mais il se retourna au même moment, et, en apercevant sa figure, je demeurai béant.
Cette figure, je l’avais déjà vue quelque part, j’en étais sûr. Mais où?
Un effort de mémoire me mit sur la voie.