Ce gentilhomme n’était autre que ce faux ouvrier dont l’exaltation m’avait tant frappé dans les tribunes de l’Assemblée législative le jour du discours de Vergniaud.
Cloué littéralement sur place par la stupeur, je le suivis des yeux et je le vis entrer dans une maison à vingt pas de moi.
Machinalement, je me rapprochai de cette maison pour l’examiner, et en moins de cinq minutes, je comptai plus de soixante personnes qui y entraient, après avoir dit quelques mots à un vieil homme debout sur la porte.
En un temps où dix journaux, tous les matins, dénonçaient chacun son complot, je devais être et je fus assailli des plus sinistres soupçons.
Au lieu donc de m’éloigner, j’attendis, et, au bout d’une demi-heure je vis ressortir tous les gens que j’avais vus arriver. Seulement, ils avaient échangé leur costume contre des haillons et s’étaient coiffés du bonnet rouge...
Une fois dehors, ils ne semblaient pas se connaître et s’éloignaient par groupes de trois ou quatre.
Mais leur point de réunion était arrêté d’avance, je ne tardai pas à en acquérir la certitude.
M’étant attaché au pas de deux de ces singuliers sans-culottes, je les vis gagner la terrasse des Feuillants, où tous les autres ne tardèrent pas à les rejoindre... Puis, quand ils furent en nombre, ils se présentèrent aux portes de l’Assemblée nationale, où ils furent admis.
J’en avais trop fait pour ne pas poursuivre jusqu’au bout l’aventure, et d’ailleurs la curiosité m’aiguillonnait jusqu’à me faire oublier Marie-Thérèse.
Je pénétrai donc, à mon tour, dans la salle de l’Assemblée, et je reconnus tous ces hommes disséminés dans les galeries publiques, avec tant d’art, pour paraître très nombreux, qu’on eût dit que des places leur avaient été réservées.