Bientôt un orateur parut à la tribune... C’était un député Girondin. Les sans-culottes de la place du Carrousel ne lui laissèrent pas articuler dix paroles... Il essaya de lutter, de tenir tête à l’orage, inutiles efforts. Le président agitait sa sonnette à la briser... en vain.

Des députés se levèrent pour imposer silence aux perturbateurs, ils furent couverts de huées... le complot était évident.

Épouvanté, je descendis quatre à quatre, et j’envoyai un huissier chercher mon parrain M. Goguereau.

Dès qu’il parut, et avant qu’il pût me demander ce que j’avais et pourquoi j’étais si pâle, je l’entraînai dans un coin, et d’une voix émue, je lui racontai ce que je venais de découvrir.

Il m’écouta, les sourcils froncés, et même une larme roula dans ses yeux.

Puis, lorsque j’eus achevé:

—Ce que tu me dis là, Justin, fit-il, je le savais et tous mes collègues le savent... Oui, il est des hommes qui ont formé le dessein de tuer la liberté par les excès qu’ils commettent en son nom... S’ils triomphaient, à l’heure où l’ennemi se presse à la frontière, c’en serait fait de la révolution et peut-être de la France... Mais nous veillons, et le moment est proche où seront déjouées leurs criminelles espérances... Et toi, mon enfant, n’ébruite pas ce que tu as surpris, il n’y a déjà que trop de causes de défiances et de désordres...

J’avais trop le respect de mon parrain pour ne pas me taire, puisqu’il me le recommandait.

Mais Fougeroux n’était pas quelqu’un pour moi, ma confiance en lui était entière et absolue, je ne vis nul inconvénient à lui raconter ce que j’avais surpris.

J’en eus quasi regret, tant fut terrible l’émotion qu’il en ressentit.