Le jour même où furent imprimées ces révélations, il y eût dans les tribunes publiques de l’Assemblée une rixe où deux hommes furent laissés pour morts, entre les sans-culottes à gourdins et les fédérés des départements.

Car les fédérés étaient toujours à Paris, et il en arrivait chaque matin...

Il avait été décidé qu’ils ne feraient qu’assister à la fête de la Fédération et qu’ils partiraient ensuite, mais on les laissait sans ordres.

Et les gens, selon leurs opinions, affirmaient qu’ils étaient retenus par la cour dans la crainte qu’ils n’arrêtassent l’invasion prussienne, ou encore que chacun des partis qui déchiraient l’Assemblée prétendait les garder pour les enrôler au service de ses ambitions et de ses rancunes...

En attendant, on leur donnait trente sous par jour, et ils passaient leurs journées à l’Assemblée nationale, leurs soirées dans les clubs, leurs nuits n’importe où, pourvu qu’ils y eussent la licence de faire tapage.

Il m’arriva de causer avec plusieurs d’entre eux, et je constatai qu’ils étaient extraordinairement montés.

Avaient-ils tort?... Non, tel n’est pas mon avis.

Quoi! brûlants du plus pur enthousiasme patriotique, ils avaient tout quitté, pays, famille, amis, intérêts, pour marcher à l’ennemi, et on les laissait à Paris... Quoi! on avait déclaré la patrie en danger, et on n’utilisait pas les forces vives de la nation!...

De même que Fougeroux, ils répétaient: Il faut en finir!...

Et la province n’était guère moins agitée.