La patrie est en danger!... La patrie est en danger!...
Pour nous tous, c’était la voix même de la France menacée, faisant au dévouement de ses enfants un suprême appel.
Aussi, à chaque proclamation, un frisson terrible courait dans la foule, pareil à la rafale qui couche les épis de blé.
A cette pensée de la patrie en danger, chacun se sentait menacé en son existence même, en son honneur, en sa famille, en sa liberté...
Et aux salves de l’artillerie, aux appels lugubres des trompettes, un cri immense, le cri de tout un peuple répondait:
—Aux frontières!... Aux frontières!...
Ah! on n’oublie jamais ces émotions poignantes, quand on les a ressenties!...
Je n’avais pas un fil de sec sur moi, mes dents claquaient, les oreilles me tintaient, et il me montait au cerveau comme des bouffées de flamme.
Ce jour-là je compris l’exaltation des martyrs, l’ivresse sainte du sacrifice, je compris tout ce qu’on peut éprouver de joie à verser pour la défense du sol sacré de la patrie la dernière goutte de son sang.
Ému d’une émotion non moins profonde que la mienne, Fougeroux me serrait le poignet à le briser.