La foule s’y ruait avec un si furieux enthousiasme que les factionnaires avaient mille peines à la modérer et à la contenir.
Près de moi, j’entendis une vieille femme me dire:
—Ils ne se presseraient pas plus quand il s’agirait d’entrer en paradis.
Elle avait raison. C’était à qui franchirait le premier le roide escalier, à qui tiendrait son certificat d’inscription et l’agiterait en l’air en criant: Vive la Nation!...
A tout instant, il fallait qu’un officier municipal se levât pour calmer le tumulte.
—Patientez, répétait-il. Que diable! nous ne pouvons cependant pas vous inscrire tous à la fois!...
Ce qui n’empêche que las de s’étouffer au bas de l’escalier, des impatients cherchaient à escalader l’estrade.
De tous côtés, on entendait des gens crier: «Inscrivez-moi, je suis un tel, âgé de tel âge, demeurant telle rue, tel numéro... D’autres écrivaient leur déclaration au crayon, sur des morceaux de papier qu’ils jetaient aux officiers municipaux.
Tout se confondait en un même délire, en un pareil élan, les conditions et les âges. C’était bien l’égalité absolue devant le danger de la patrie. Il n’y avait plus là des inférieurs et des supérieurs, des riches et des pauvres, il n’y avait que des citoyens réclamant un même droit, celui de défendre leur pays...
Il en venait de tout jeunes, des enfants, qui s’efforçaient de prouver qu’ils avaient seize ans, l’extrême limite d’âge fixée par l’Assemblée, et qui se retiraient désespérés de n’être pas admis...