Et tout le monde se levait, et si prodigieux était l’élan, qu’il y avait des imbéciles pour dire et pour croire que ceux-là même qui l’avaient provoqué s’en épouvantaient.

Il me semble voir encore le semeur de nouvelles sinistres, M. Laloi, l’épicier, entrer tout pâle dans notre boutique, nous tirer à part, Fougeroux et moi, et nous dire en grand mystère:

—Vous savez ce qui arrive?... Tous les députés se sauvent. Vergniaud, Guadé, Gensonné et Brissot ont déjà pris leur passe-port pour l’Angleterre.

Fougeroux ne le laissa pas continuer.

—Ce n’était vraiment pas la peine de quitter vos pains de sucre, lui dit-il, pour venir nous débiter des sottises pareilles!

Et dans le fait, Fougeroux avait raison d’écouter son gros bon sens plutôt que les cancans dont M. Laloi se faisait l’écho.

Le lendemain même, Brissot publiait dans son journal, le Patriote français, cette noble et fière réponse:

«Les agents de l’étranger—et il n’en est que trop à Paris de ces misérables—ont seuls pu répandre le bruit de notre fuite... Nous méprisons trop les lâches qui abandonnent leur poste à l’heure du danger pour partager leur ignominie.»

Mais les plus stupéfaits de l’enthousiasme inouï des volontaires, et de ces enrôlements innombrables, étaient assurément les recruteurs du quai de la Ferraille, dont le métier désormais était perdu.

Ces recruteurs était de vieux soudards, presque tous sous-officiers, portant pour la plupart, les plus étranges surnoms.