Ils s’appelaient Belle-Rose ou La Tulipe, La Ramée ou la Clé-des-Cœurs.
Chargés de racoler pour le roi, ils rôdaient par la ville ou traînaient de mauvais lieu en mauvais lieu, faisant sonner dans leur poche les écus de la prime.
Avaient-ils un homme à leur convenance, ils l’abordaient sous un prétexte quelconque, lui offraient à boire, l’entraînaient au cabaret et lui versaient du vin, jusqu’à ce qu’il fut assez ivre pour trinquer à la santé du roi, et apposer sa signature, ou sa croix s’il ne savait pas écrire au bas d’un acte d’engagement.
Et le lendemain, l’ivrogne se réveillait soldat, trop heureux s’il ne se trouvait pas dépouillé de la prime dont on l’avait alléché.
Mais, en dépit de ces manœuvres honteuses, malgré les piéges grossiers et les ignobles séductions, les hommes manquaient aux recruteurs, et c’est à grand peine si chaque année ils réunissaient quelques milliers de simples d’esprit, de pauvres diables mourants de faim, ou de gredins à bout d’expédients.
Et voilà que tout à coup, à un roulement de tambour, ils voyaient surgir des armées.
—Voilà un peuple bien changé, disaient-ils... Rien autrefois ne l’effrayait autant que le service militaire, tandis que maintenant...
Il se trompait.
Ce n’était pas le peuple qui avait changé, mais bien les conditions du service.
Qu’était le soldat de l’ancienne monarchie? Un paria.