A ce point que «nouvelle du perron» était devenu le synonyme de mensonge impudent...

Avec tout cela, le nombre des volontaires grossissait toujours.

Et s’il s’en trouvait qui n’avaient pas conscience des devoirs qui leur étaient imposés, beaucoup, je vous l’affirme, se préparaient froidement à la terrible partie qu’ils allaient jouer pour la France.

Ils savaient, ceux-là, que présenter intrépidement sa poitrine aux balles n’est pas tout, et ils s’exerçaient au maniement des armes qui allaient leur être confiées.

Résolus à mourir, s’il le fallait, ils voulaient que leur mort fut au moins profitable, et vendre chèrement leur vie.

Parmi ces volontaires, il s’en trouvait une certaine quantité de notre quartier, mes camarades d’enfance, et je suivais leurs exercices.

Chaque jour nous nous rendions rue des Bons-Enfants, chez un vieux maître d’armes nommé Sylvain, qui avait été longtemps sergent aux gardes-françaises, et il nous enseignait ce qu’on enseigne aux conscrits, lorsqu’ils arrivent au régiment.

C’est lui qui, le premier, m’a fait tenir debout, les talons sur la même ligne, les épaules effacées, qui m’a commandé tête droite et tête gauche, et qui m’a fait marcher au pas: une!... deux!... une!... deux!...

Il n’avait pas de fusils pour nous tous, mais les gardes nationaux des environs se faisaient un plaisir de nous prêter les leurs, que nous reportions religieusement après chaque leçon...

Et durant des heures, le père Sylvain nous montrait comment on s’aligne et comment on se tourne, comment on se serre sans se gêner.