Il nous apprenait encore à connaître notre fusil, à démonter et remonter la batterie, à changer la pierre, à renouveler les amorces, à le charger vite et bien, à l’épauler, à ajuster, à tirer...

Il nous démontrait la puissance de la baïonnette, l’arme par excellence des volontaires de 1792, et nous exerçait à la croiser, à la lancer en avant et à s’en servir pour parer les coups de sabre de la cavalerie.

C’est à ce vieux brave homme que j’ai entendu dire un mot singulier et profond, qui m’est toujours resté dans la mémoire, et que plus d’une fois j’ai répété depuis.

Un de nos camarades, que les longueurs parfois fastidieuses de l’exercice ennuyaient beaucoup, jeta un jour son fusil dans un coin, en disant:

—C’est assez comme cela de porter arme et de présenter arme... J’en sais plus qu’il n’en faut pour mourir pour la patrie.

Le père Sylvain rougit jusqu’à la racine des cheveux, et d’une voix tonnante:

—Mourir, s’écria-t-il, mourir, c’est bientôt dit, citoyen!... Ce n’est pas de mourir qu’il s’agit, mais de vaincre...

Pour mon compte, je commençais à exécuter fort proprement la charge par temps et mouvements, quand, un samedi soir, au moment où nous nous mettions à table, ma mère et moi, mon père entra...

Sa dernière lettre, datée de Blois, ne nous annonçait pas son retour, et nous l’attendions si peu, que nous ne pûmes retenir un cri.

—C’est pourtant moi! fit-il.