—N’importe! poursuivit-il, la masse aussi est une force, et une force irrésistible! Ceux qui ne sauraient pas se battre sauraient toujours se faire tuer, user les munitions de l’ennemi, et faire de leur cadavre un rempart...

Oui, c’est devant moi, son fils, à la veille de partir, qu’il disait cela, et aussitôt après:

—Demain, Justin, dit-il, je t’accompagnerai au bureau d’enrôlement.

Mais il se tut, mon parrain, M. Goguereau entrait, qui venait nous rendre sa visite quotidienne.

Il dut être fort surpris du retour inopiné de mon père, il nous le dit, mais sa physionomie n’en conserva pas moins l’expression d’une profonde tristesse.

A ce point que saisi d’inquiétude:

—Serions-nous donc menacé de quelque désastre! m’écriai-je.

Il hocha la tête et s’étant assis:

—Peut-être!... répondit-il. J’arrive du Palais-Royal, et l’effervescence y est à son comble... Si grande y est la foule qu’on n’y circule plus... A tout instant, sans raison, sans prétexte, il s’y engage des rixes et des mêlées... On a renversé les étalages des marchands des galeries de bois... On se dispute dans les cafés, et il passe par moments des bandes de gens qui crient on ne sait quoi, et qui semblent prendre à tâche d’augmenter le désordre...

Il soupira, et d’une voix plus grave: