—Êtes-vous enrôlés?

—Oui.

—Montrez-nous, en ce cas, votre certificat d’inscription.

S’ils le montraient, tout était dit, on leur donnait des poignées de main et on les laissait passer.

Si, au contraire, ils répondaient qu’ils n’étaient pas enrôlés, ou s’ils n’avaient pas de certificat à montrer:

—Alors nous vous défendons de chanter, disaient les boutiquiers... Ceux-là seuls ont le droit de chanter des hymnes patriotiques qui sont résolus à courir à la frontière mourir pour la patrie.

Résistaient-ils, les bourgeois se fâchaient, certains que tous les passants prendraient parti pour eux.

Mais neuf fois sur dix les chanteurs répondaient:

—Ah! il faut nous enrôler pour avoir le droit de crier à notre aise... Eh bien, nous y allons...

Et ils y allaient.