Mais quoi qu’on fît, quoi qu’on pût faire, rien ne paraissait étrange, tant les âmes s’exaltaient jusqu’au délire, en songeant à tout ce que représentaient peut-être de misère, de douleurs et d’humiliations ces cinq mots terribles: La patrie est en danger!
Tout ce qu’ils enfantaient de chimériques projets ou de conceptions ridicules, il me faudrait des journées pour vous le dire...
Et cependant, puisque je m’efforce de vous donner une idée de ces temps d’impérissable gloire, il est certains traits que je ne saurais vous passer sous silence.
Un soir que j’étais allé avec mon père et Fougeroux aux Cordeliers, voilà que tout à coup, au milieu de la séance, le président se lève.
—Citoyens, dit-il, je demande à vous donner communication de la lettre d’un patriote de Landrecies, qu’on me remet à l’instant.
—Lisez, lui cria-t-on de toutes parts, lisez.
Il prit la lettre sur son pupitre et commença:
«Citoyen président,
»C’est avec une très grande surprise que j’apprends par les feuilles publiques, par l’Ami de la Liberté, notamment que vous admettez, vous autres Parisiens, la possibilité d’une armée prussienne s’avançant jusque sous les murs de la capitale...
»C’est que vous n’avez pas réfléchi, citoyen président, et je le prouve. Combien, entre la frontière de l’Est et Paris, pensez-vous qu’il y ait d’arbres, de fondrières, de fossés, de rochers, capables de cacher un homme à l’affût? Mettons quatre millions...