—Je sais, poursuivit-il, que vous êtes un homme habile et plein d’expérience. Et tenez, le docteur Gendron, chez qui vous avez servi, me vantait, il n’y a qu’un instant, votre intelligence.
Le rebouteux eut un tressaillement nerveux, qui, pour être très léger, n’échappa point au père Plantat, qui continua:
—Oui, ce cher docteur m’affirmait n’avoir jamais rencontré un aide de laboratoire aussi entendu que vous. «Robelot, me disait-il, a pour la chimie une telle aptitude, et tant de goût en même temps, qu’il s’entend aussi bien que moi à quantité de manipulations extrêmement difficiles.»
—Dame! je travaillais de mon mieux, puisque j’étais bien payé et j’ai toujours aimé à m’instruire.
—Et vous étiez à bonne école chez M. Gendron, maître Robelot; il se livre à des recherches très intéressantes. Ses travaux et ses expériences sur les poisons sont surtout bien remarquables.
L’inquiétude qui, peu à peu, gagnait le rebouteux, commençait à devenir manifeste; son regard vacillait.
—Oui, répondit-il pour répondre quelque chose, j’ai vu des expériences bien curieuses.
—Eh bien, dit le père Plantat, vous qui aimez à vous instruire, et qui êtes curieux, réjouissez-vous. Le docteur va, ces jours-ci, avoir un beau sujet d’études, et certainement il vous prendra pour aide.
Maître Robelot était bien trop fin pour n’avoir pas deviné depuis quelques minutes déjà que cette conversation, cet interrogatoire plutôt, avait un but. Mais lequel? Où en voulait venir le juge de paix? Il se le demandait, non sans une sorte de terreur irraisonnée. Et récapitulant avec la foudroyante rapidité de la pensée, à combien de questions, oiseuses en apparence, il avait répondu et où l’avaient conduit ces questions, il tremblait.
Il crut être habile et esquiver d’autres demandes en disant: