À cette déclaration de la marchande, M. Lecoq et le père Plantat avaient échangé un coup d’œil. La même idée leur venait à tous deux en même temps.

Cet héritage annoncé par miss Fancy, tous ces billets de banque, ne pouvaient être que le prix d’un grand service rendu par elle à Trémorel. Cependant l’agent de la Sûreté voulut avoir des renseignements plus positifs.

—Dans quelle position était cette fille avant cette succession? demanda-t-il.

—Ah! monsieur, dans une position affreuse, allez. Depuis que son comte l’a quittée et qu’elle a mangé son saint-frusquin dans les modes, elle a été toujours en dégringolant. Une personne que j’ai vue si comme il faut, autrefois. Après cela, vous savez, quand une femme a des peines de cœur! Tout ce qu’elle possédait elle l’a mis au clou ou vendu loque à loque. Dans ces derniers temps elle fréquentait la plus mauvaise société, elle buvait de l’absinthe, m’a-t-on dit, et même elle n’avait plus rien à se mettre sur le dos. Quand elle recevait de l’argent de son comte, car il lui envoyait encore, elle le dépensait en parties avec des femmes de rien du tout, au lieu de s’acheter de la toilette.

—Et où demeure-t-elle?

—Tout près d’ici, dans une maison meublée de la rue Vintimille.

—Cela étant, fit sévèrement M. Lecoq, je m’étonne qu’elle ne soit pas ici.

—Ce n’est pas ma faute, allez, cher monsieur, si je sais où est le nid, j’ignore où est l’oiseau. Elle était dénichée, ce matin, lorsque ma première demoiselle est allée chez elle.

—Diable! mais alors... c’est fort contrariant, il faudrait me la faire chercher bien vite.

—Soyez sans inquiétude. Fancy doit rentrer avant quatre heures et ma première l’attend chez son concierge avec ordre de me l’amener dès qu’elle rentrera, sans même la laisser monter à sa chambre.