—Remettez simplement ceci à M. le comte, et Louise tendit au valet le coupon de rente.

A peine seule, la jeune fille fondit en larmes.

—O ma mère! ma bonne mère! quelle humiliation! s’écria-t-elle, et, se jetant à genoux près de son lit, elle serrait sa tête entre ses mains, il lui semblait qu’elle devenait folle.

Mais cet accablement dura peu; elle se leva bientôt, la résolution brillait dans ses yeux.

—Oui! s’écria-t-elle, le comte a raison; pour Max, si jamais j’étais sa femme, je serais un malheur, je le vois bien par cette lettre que le comte m’a adressée sans penser qu’il me jetait à la face une horrible injure; voilà donc ce que penseraient de moi les gens auxquels Max voudrait présenter sa femme...

Non, ce mariage est impossible. C’est un beau rêve que j’ai caressé trop longtemps, une douce illusion qu’il faut voir s’envoler.—J’étais trop heureuse aussi, un tel bonheur n’était pas fait pour durer longtemps.—Ah! que Max, au lieu d’être riche et noble, n’est-il un pauvre ouvrier, sage et travailleur!

Elle donna quelques minutes à cette douce idée, son cœur s’épanouissait à ce rêve de bonheur.

Mais le souvenir poignant de sa situation lui revint bien vite.

—Allons, se dit-elle, il me faut du courage, que mon amour soit assez grand, assez généreux, pour accomplir sans murmure un grand sacrifice.

Elle prit son chapeau, un châle et sortit.