Et à ceux que surprenait sa tournure militaire, il répondait:
XI
Dubocage serait devenu un écuyer, car il apprenait à monter à cheval, si Aurélie lui en eût laissé le temps. Mais peu à peu le souvenir du chef d’escadron s’effaçait et devenait moins distinct.
D’ailleurs, il venait d’arriver en ville un poëte presque célèbre. Il portait de longs cheveux plats et une barbe un peu en désordre. Invité dans quelques salons, il daigna réciter d’une voix mélancolique des vers désolés qui firent pleurer les femmes.
En voyant le poëte, Aurélie comprit et aima la poésie.
C’est pourquoi les bottes molles de Dubocage furent reléguées au grenier, et trois semaines plus tard, il publiait dans l’Écho Saumurois, sous un pseudonyme des plus transparents, une nouvelle éplorée qui obtint un légitime succès.
XII
Il était destiné à de bien autres métamorphoses. Pareil à ces infortunés comédiens qui, sous le nom d’utilités, sont engagés pour jouer tous les rôles, il fut le héros obligé de tous les romans dont se plut à vivre la belle Aurélie.
Ils furent nombreux et divers, ces romans, et comme pour leur donner plus de réalité, à mesure qu’elle les suivait, elle les écrivait à ses heures de solitude, sur un gros livre qu’elle cachait au fond de son bureau.