—Vous n’avez jamais été soupçonnée, vous, madame, déclara effrontément M. Méchinet. Le pis qu’on puisse supposer c’est que votre mari vous ait dit quelque chose du crime avant de le commettre...
—Monsieur... si vous nous connaissiez...
—Attendez... Votre commerce ne va pas très-bien, nous a-t-on dit, vous étiez gênés...
—Momentanément, oui, en effet...
—Votre mari devait être malheureux et inquiet de cette situation précaire... Il devait en souffrir surtout pour vous, qu’il adore, pour vous, qui êtes jeune et belle... Pour vous, plus que pour lui, il devait désirer ardemment les jouissances du luxe et les satisfactions d’amour-propre que procure la fortune...
—Monsieur, encore une fois, mon mari est innocent...
D’un air réfléchi, M. Méchinet parut s’emplir le nez de tabac, puis tout à coup:
—Alors, sacrebleu! comment expliquez-vous ses aveux!... Un innocent qui se déclare coupable au seul énoncé du crime dont il est soupçonné, c’est rare, cela, madame, c’est prodigieux!...
Une fugitive rougeur monta aux joues de la jeune femme.
Pour la première fois, son regard, jusqu’alors droit et clair, se troubla et vacilla.