Et, pour la centième fois, Olivier reprenait le triste récit de ses tortures avant le jour où, pour la première fois, sa main avait touché celle de son Henriette.
Il avait alors repris ses travaux avec plus d'acharnement que jamais, et avec un tel succès que le conseiller lui-même lui avait annoncé qu'il allait s'occuper de faire les démarches nécessaires pour lui obtenir une place, premier acheminement vers une grande position.
Plus que jamais l'espérance dorait le ciel des deux amants, lorsqu'un soir, en arrivant au rendez-vous, Olivier y trouva Henriette. Il avait cependant devancé l'heure.
—Nous sommes perdus, lui dit-elle en fondant en larmes.
—Qu'y a-t-il, grand Dieu?
—Mon père a trouvé un parti pour moi,... à ce qu'il dit...
—Il veut vous marier?
—Il le veut, et avant la fin de ce mois.
—Et avez-vous pu consentir, vous, Henriette?
—O Olivier! pouvez-vous être injuste et ingrat à ce point; pouvez-vous ainsi méconnaître votre amie? J'ai tout fait, hélas! j'ai pleuré, j'ai supplié, je me suis traînée aux pieds de mon père...