Et saisissant un couteau de table, il s'avança vers la porte qui donnait dans les appartements intérieurs, lentement, automatiquement, tout d'une pièce, comme un cadavre.

Il était terrible à voir ainsi, mais tels étaient la préoccupation et le désordre de tous en ce moment, que trois ou quatre laquais qui passèrent en courant près de lui ne le remarquèrent même pas.

Cependant il avançait toujours, mais à mesure qu'il traversait les nombreuses pièces qui s'ouvraient les unes sur les autres, il lui semblait que ce morne silence qui l'épouvantait tant était enfin troublé.

Il entendait maintenant distinctement des voix confuses, puis des gémissements, et, dominant ce sourd murmure, quelques sanglots déchirants.

Le même domestique qui l'avait interrogé quelques minutes avant dans l'antichambre reparut, il était suivi de gens qu'Olivier reconnut pour des médecins.

Il allait s'élancer sur leurs pas, lorsque la lourde tapisserie de la porte se souleva de nouveau, et dans l'encadrement apparut celle qu'il croyait morte.

Oui, c'était bien Henriette, pâle, échevelée, les habits en désordre, mais c'était elle, elle vivait!...

Il voulut s'élancer vers elle, tomber à ses genoux, mais ses forces le trahirent. C'était plus d'émotions qu'il n'en pouvait supporter.

Il chancela, tourna deux fois sur lui-même comme un homme frappé d'une balle au cœur, sa main inerte lâcha le couteau dont il s'était emparé, ses bras battirent l'air, un gémissement douloureux souleva sa poitrine, et, inanimé, il tomba sur le parquet, presque aux pieds d'Henriette.

Mais bientôt la douce pression d'une main qui serrait la sienne, une tiède haleine qui effleurait ses lèvres le rappelèrent à la vie.