Il ouvrit les yeux.
N'était-ce pas une divine, mais décevante illusion, un de ces adorables mensonges qui parfois bercent le désespoir?... Il se le demanda.
Henriette était là, près de lui, agenouillée, penchée sur son visage. D'une main, elle soutenait la tête de son amant; de l'autre, elle interrogeait ce cœur qui ne battait que pour elle.
Après tant d'angoisses poignantes, de si épouvantables commotions, ce fut pour Olivier un instant délicieux. Il aurait pu parler, il ne le voulut pas.
Une parole pouvait faire envoler le rêve, et si ce n'était pas un songe, faire cesser cette scène si douce à son cœur.
Il referma les yeux, bénissant Dieu et lui demandant de prolonger cette extase.
Mais, tandis qu'un sentiment intime de bonheur infini, de ravissement céleste, rafraîchissait son âme, il sentit sur son front tomber de grosses larmes, larmes brûlantes et silencieuses, larmes de désespoir.
Il se souleva à demi et, portant à ses lèvres la main d'Henriette:
—Pardonne, ô mon amie, murmura-t-il, pardonne à l'égoïsme de mon amour.
Hélas! je te croyais à tout jamais perdue pour moi; et rassuré maintenant sur ta vie, je m'oublie dans mon bonheur, sans songer à te demander quel chagrin cruel fait couler tes larmes...