—C'est le premier secret pour être celui des autres, ajouta Exili de sa voix musicale; mais ne m'imite pas, Olivier; je vois trop bien aujourd'hui que l'homme qui veut faire l'ange fait la bête.
—Si ces paroles sortaient d'une autre bouche que la vôtre, je percerais la langue qui les aurait prononcées d'une aiguille rouge, comme celle d'un blasphémateur.
—Dis-moi, Cosimo, reprit Exili sur un ton plus voilé, n'as-tu pas encore, dans quelque coin, un flacon oublié de cet élixir qui donne la force au bras, l'éclair aux yeux et la joie au cœur?...
Tu hésites?
Le vieux serviteur fit un geste indécis, qui pouvait être interprété comme une réponse.
Je sais que la réaction est égale à l'action, et que les heures de vitalité artificielle comptent double; mais cet élixir m'aidera à dissiper les dernières vapeurs de ma longue léthargie...
Je boirai à la santé d'Olivier.
—Que votre volonté soit faite... Il faut vous obéir à tous deux comme aux enfants gâtés, dit Cosimo en ouvrant un coffre.
Il en tira un flacon plat, recouvert d'une armature métallique, et dévissa le bouchon de cristal qui en fermait hermétiquement l'orifice; puis il remplit un verre de la liqueur, semblable à de l'or en fusion, qui jetait un feu de topaze, et le présenta silencieusement à son maître.