Tout à coup une rumeur profonde et contenue s'éleva dans la chambre du malade.

Le cardinal de Lorraine alla, sur la pointe des pieds, soulever la lourde portière en tapisserie de Flandres, il prêta l'oreille un instant, et revenant vers Diane, il lui dit avec une explosion de joie qu'il ne prenait plus la peine de dissimuler:

—Le roi est mort!

—Enfin je suis reine! s'écria Diane.

Elle s'était levée, son visage rayonnait de l'orgueil du triomphe.

Ce n'était pas le dauphin Henri, en effet, qui montait sur le trône, c'était sa vieille et impérieuse maîtresse. Diane de Poitiers succédait à la duchesse d'Etampes.

Jamais empire d'une favorite ne fut plus absolu, plus tyrannique, et, il faut le dire, plus désastreux pour la France.

Diane de Poitiers était fille de Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, et de Jeanne de Batarnay, deux des plus anciennes familles du Dauphiné.

Elevée par son père, vaillant homme de guerre et grand chasseur, elle passa ses premières années au manoir de sa famille, demeure féodale, bâtie comme une citadelle au milieu des rochers abrupts qui dominent le cours impétueux du Rhône.

Son éducation fut celle de toutes les jeunes châtelaines du moyen âge, jeunes filles au coeur viril que l'on destinait à quelque brave chevalier ou à quelque rude chasseur. La lecture des romans de chevalerie, le déduit de la chasse occupaient les longues heures. Comme la déesse dont elle portait le nom, Diane aimait à galoper sur les traces des meutes ardentes, dans les grands bois qui entouraient alors toutes les nobles demeures.