Cette union n'eut point de lune de miel; tout au plus fut-ce une association politique, et Marguerite, on doit lui rendre cette justice, fut une alliée fidèle. Les deux époux, au lendemain de leur mariage, se regardèrent comme aussi libres que par le passé. Ils n'attendirent même pas au lendemain. Le soir même de la célébration des noces, Henri se contenta de conduire sa femme jusqu'à son appartement; après de cérémonieuses salutations, il se retira, et la porte était à peine fermée sur lui que la fenêtre de Marguerite s'ouvrait à l'élu du moment.
Henri aimait alors Charlotte de Beaune-Samblançay, dame de Sauves, marquise de Noirmoustier. Charlotte, dame d'atours de Catherine de Médicis, avait été élevée à son école. Autant par sa beauté que par sa coquetterie et son esprit, elle servait la politique de la reine-mère, qui n'eut jamais de plus aveugle instrument de ses volontés.
Les galanteries de madame de Sauves suffiraient à défrayer des volumes, et cinq ou six galants se partageaient ses faveurs. C'est cette femme cependant qu'aimait ou faisait semblant d'aimer le jeune roi de Navarre. Les chroniques n'ont point de mots assez forts pour peindre la violence de la passion de Henri; elles racontent que les coquetteries de madame de Sauves faillirent plusieurs fois armer l'un contre l'autre le Béarnais et le duc d'Alençon.
Les chroniques se trompent. Aussi rusé au moins que Catherine de Médicis, Henri ne se servit de l'espionne qu'elle avait jetée dans son lit que pour mieux tromper l'Italienne sur son caractère et sur ses véritables intentions. Cette liaison dura jusqu'au moment où le roi de Navarre put s'enfuir de la cour de France, c'est-à-dire vers la fin de février 1576. Plus tard madame de Sauves, qui avait conservé un bon souvenir de Henri, lui rendit d'importants services en l'avertissant des véritables intentions de la cour à son égard.
C'est dans la maison même de la reine sa femme que Henri devait trouver celle qui lui inspira sa première passion sérieuse. La petite cour du roi de Navarre s'ennuyait profondément à Nérac, quand l'époux in partibus de Marguerite s'éprit follement de Françoise de Montmorency, qu'on appelait la belle Fosseuse, suivant l'usage du temps de donner aux noms de femme une terminaison féminine, parce que son père portait le titre de baron de Fosseux.
Toute belle et toute bonne, au dire de la reine Marguerite, Fosseuse ne résista pas longtemps au roi; et bientôt, quelques précautions que prissent les deux amants, leurs rendez-vous ne furent un mystère pour personne. Loin de se fâcher, la reine Marguerite protégeait en secret les amours de son mari. Fosseuse lui rendait service. A cette époque la guerre des Amoureux venait d'éclater, et plusieurs fois Henri faillit être pris ou recevoir quelque arquebusade en allant voir sa belle maîtresse.
Il ne tarda pas à devenir impossible à Fosseuse de dissimuler; elle était enceinte. Le roi dut tout avouer à sa femme, et voilà comment Marguerite dans ses Mémoires s'explique sur cette aventure:
«Le mal prenant à Fosseuse au point du jour, étant couchée en la chambre des filles d'honneur, elle envoya quérir mon médecin et le pria d'avertir le roi mon mari; ce qu'il fit. Nous étions couchés en une même chambre, en divers lits, comme nous avions accoutumé. Lorsque le médecin lui dit cette nouvelle, il se trouva fort en peine, ne sachant que faire, craignant d'un côté qu'elle fût découverte, et de l'autre qu'elle fût mal secourue, car il l'aimait fort. Il se résolut enfin de m'avouer tout et de me prier de l'aller secourir, sachant bien que, malgré tout ce qui s'était passé, il me trouverait toujours prête de le servir en ce qu'il lui plairait. Il ouvre mon rideau et me dit:
«—Ma mie, je vous ai célé une chose qu'il faut que je vous avoue; je vous prie de m'en excuser et de ne point garder souvenir de tout ce que je vous ai dit pour ce sujet. Mais obligez-moi tant que de vous lever tout à l'heure, pour aller à l'aide de Fosseuse qui est fort mal. Vous savez combien je l'aime! je vous en prie, obligez-moi en cela.
«Je lui dis que je l'honorais trop pour m'offenser de chose qui vint de lui, que je m'y en allais et y ferais comme si c'était ma fille propre; que cependant il s'en allât à la chasse et emmenât tout le monde, afin qu'il n'en fût point ouï parler.