«Je fis promptement ôter Fosseuse de la chambre des filles et la mis dans une chambre écartée avec mon médecin et des femmes pour la servir, et la fis très-bien secourir. Dieu voulut qu'elle ne fît qu'une fille qui encore était morte.»
A son retour de la chasse, Henri trouva Fosseuse presque rétablie et toute souriante; il se confondit en remercîments envers la reine Marguerite, mais il ne put obtenir d'elle qu'elle gardât Fosseuse et continuât à lui témoigner la même amitié.
«—Je craignais, dit Marguerite, en lui obéissant, qu'on ne me montrât du doigt.»
Ce devait être le dernier chapitre des amours de Henri et de la belle Fosseuse. Une nouvelle passion allait s'emparer du coeur du frivole monarque, Corisandre d'Andouins.
Ce fut à Bordeaux que, pour la première fois, le roi de Navarre aperçut Diane de Louvigny, comtesse de Gramont-Guiche. La belle Corisandre, dont le nom rappelle ceux des héroïnes de d'Urfé, était la fille unique de Paul, vicomte de Louvigny, seigneur de Lescun; elle avait épousé très-jeune Philibert de Gramont, gouverneur de Bayonne, sénéchal de Béarn, qui, ayant eu un bras emporté d'un coup de canon au siége de la Fère, mourut, quelques jours après, de cette blessure, à l'âge de vingt-huit ans à peine.
De toutes les maîtresses d'Henri IV, la belle Corisandre est celle dont l'amour paraît avoir été le plus vrai et le plus désintéressé.
Pendant qu'il tenait campagne dans les provinces du Midi, elle vendait ses diamants et engageait tous ses biens, faisait la guerre pour lui à ses dépens et lui envoyait des levées de plusieurs milliers de Gascons. Le roi, de son côté, après chaque victoire de ses armes, se dérobait à son armée pour courir dans les bras de sa maîtresse. «L'amour, dit Sully, le rappelait aux pieds de la comtesse de Guiche, pour y déposer les drapeaux pris sur l'ennemi, qu'il avait fait mettre à part pour son usage.»
Il avait promis le mariage à cette belle veuve de vingt-six ans, qui portait un des plus grands noms des provinces méridionales. On lit même, dans les Mémoires de Gramont, qu'il voulut reconnaître le fils que Diane avait eu de Philibert. «Il n'a tenu qu'à mon père, dit le chevalier de Gramont, d'être le fils de Henri IV: le roi voulait à toute force le reconnaître, et ce diable d'homme ne le voulut pas; vois donc ce que seraient les Gramont sans ce beau travers, ils auraient le pas sur les César de Vendôme.»
D'Aubigné détourna le roi de ce projet d'union:—«Il faut, lui dit-il, que vous soyez aut Cæsar aut nihil.... Si vous devenez l'époux de votre maîtresse, le mépris que vous ferez rejaillir sur votre personne vous fermera sans ressource le chemin du trône.»
La correspondance du roi avec la comtesse de Guiche, dont nous avons quelques fragments, est toujours d'ailleurs du ton le plus tendre et le plus respectueux: