«J'arrivai hier au soir de Marans, lui écrivait-il, en 1588. Ah! que je vous y souhaitais! C'est le lieu le plus selon votre humeur que j'aie jamais vu.... L'on peut s'y réjouir avec ce que l'on aime, et plaindre une absence. Je pars jeudi pour aller à Pons, où je serai plus près de vous; mais je n'y ferai guère de séjour. Je crois que mes autres laquais sont morts; il n'en est revenu nul. Mon âme, tenez-moi en votre bonne grâce; croyez ma fidélité être blanche et hors de tache. Il ne fut jamais sa pareille. Si cela vous porte contentement, vivez heureuse.

«Henri.»

Oh! la fine fleur de Gascon qui parle de sa fidélité avec cette assurance! La comtesse savait à quoi s'en tenir sur ce point; moins de six mois après, le roi lui annonçait en ces termes la mort d'un fils qu'il avait eu de quelque maîtresse obscure:

«Mon cher coeur, renvoyez-moi Bryquesières, et il s'en retournera avec tout ce qu'il vous faut, excepté moi. Je suis fort affligé de la mort de mon petit, qui mourut hier. Il commençait à parler

La belle Corisandre avait des goûts mondains que lui reprochent les écrits satiriques du temps. Elle allait à la messe escortée de pages, de bouffons, de chiens, de singes, d'animaux privés de toute espèce. Son amant attentif à lui plaire lui écrit encore:

«Je suis sur le point de vous recouvrer un cheval qui a l'entrepas, le plus beau que vous vîtes et le meilleur, force panache d'aigrette. Bonnières est allé à Poitiers pour acheter des cordes de luth pour vous; il sera ce soir de retour.... Mon coeur, souvenez-vous toujours de Petiot

Petiot, c'est lui-même.

Plus tard, il lui offre encore un cadeau du même genre.

«J'ai deux petits sangliers privés et deux faons de biche; mandez-moi si vous les voulez.»

Madame de Gramont resta quelque temps encore la maîtresse en titre du roi, même après qu'il eut passé la Loire et fait sa jonction avec l'armée catholique et royale; mais la beauté de Corisandre s'altéra rapidement et le charme se rompit.