Cette rupture fut peut-être précipitée par une nouvelle passion inspirée à Henri par la comtesse de Guercheville. Pourtant cette passion ne fut point heureuse, et madame de Guercheville eut ce rare honneur de résister à l'amour du roi.
C'est pendant sa campagne de Normandie que Henri s'éprit à première vue d'Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, veuve du comte de la Roche-Guyon. Tout aussitôt, il lui adressa les billets les plus passionnés; mais les billets restèrent sans réponse. Pour l'aller voir, «il faisait, dit Bassompierre, des traites et des équipées incroyables.» Peines et soins perdus.—«Je suis trop pauvre pour être votre femme, répondait la marquise, et de trop bonne maison pour être votre maîtresse.»
Aux billets cependant succédaient les présents. La marquise ne recevait pas plus les uns que les autres, et l'amour du roi croissait avec les difficultés. Il prit alors une résolution désespérée.
Un jour, à la chasse, il perdit ses compagnons et courut à toute bride demander l'hospitalité à la belle veuve. Il fut reçu comme un roi devait l'être; le cor sonna à son arrivée, le château s'illumina du haut en bas; un souper magnifique fut préparé; la marquise, en grands habits de cérémonie, en fit les honneurs. Henri, tout heureux de cette belle réception, croyait toucher au triomphe; il accablait madame de Guercheville de ses empressements et de ses flatteries, jurant que volontiers il échangerait sa couronne contre un tel trésor de beauté.
L'heure du coucher venue, le roi fut conduit en grande pompe à son appartement par tous les gens de Guercheville. Cet apparat commençait à l'inquiéter, lorsque tout à coup il entendit, dans la cour, un grand bruit de chevaux et d'équipages. La marquise donnait des ordres pour son départ.
Henri descendit tout éperdu, et courant à elle:
«—Quoi! madame, dit-il, je vous chasserais de votre maison!»
«—Sire, répondit madame de Guercheville, un roi est le maître partout où il se trouve; et pour ne vous désobéir en rien, vous trouverez bon que je me retire.»
Et, sans écouter davantage les supplications du prince, elle monta dans son carrosse et alla passer la nuit à deux lieues de là.
Le Gascon, maudissant les vertus provinciales, s'en fut rêver batailles et grands coups d'épée.