Ajoutons cette anecdote à vingt autres tout aussi vraisemblables, et qu'elles aillent rejoindre la poule au pot dans les nuageux lointains de la fantaisie historique.

Cette question du mariage de Gabrielle avec le roi apparaissait déjà à l'horizon, grosse d'orages.

On en parlait tout bas à la cour; les créatures de la favorite avaient de grandes espérances, mais le roi ne s'était point encore prononcé.

C'est à Sully qu'il s'en ouvrit tout d'abord. Il faut lire dans les Œconomies la curieuse conversation du roi et de son ministre.

—Je voudrais bien, disait Henri IV, trouver femme à mon gré, non point épouser par politique quelque princesse qui ferait lit à part; je la veux jolie, bonne et indulgente, je veux surtout qu'elle me fasse de gros enfants, un tous les ans. Ne connaîtrais tu point, Rosny, celle qu'il me faut?

Et Sully de faire semblant de chercher.

—Voyons, cependant, continue Henri IV, les princesses qui sont à marier en Europe.

Sully savait bien où le roi voulait en venir;

—Cherchons, Sire.

Et il égrena la liste des filles nubiles de souches royales, sans en omettre une seule, avec une sûreté de mémoire et de renseignements qu'on trouverait à peine aujourd'hui chez le rédacteur aux gages de Justus Perthes, l'heureux éditeur de l'Almanach de Gotha.