Mme Poileveu, la discrète concierge d'André, était debout sur sa porte, appuyée sur le manche de son balai, lorsque le magnifique attelage de M. de Breulh s'arrêta devant la maison.

La digne femme eut comme un éblouissement. De sa vie elle n'avait vu de près des chevaux si luisants sous leurs harnais plaqués d'argent avec leurs bouffettes aux oreilles, une voiture à ce point étincelante, des domestiques si richement habillés.

—Grand Dieu!... pensa-t-elle, est-ce bien pour nous que vient ce seigneur? Ne se trompe-t-il pas?

Mais son ahurissement n'eut plus de bornes lorsque M. de Breulh, descendu de son coupé, s'avança vers elle et lui demanda:

—M. André, artiste peintre?

—Pour sûr, répondit-elle, c'est ici qu'il demeure... et voilà déjà plus de deux ans qu'il est notre locataire. Ah!... si tous les artistes lui ressemblaient! Ce n'est pas lui qui serait en retard pour son terme!... Et rangé, qu'il est, et poli, et complaisant... Jamais de noces chez lui, ni de tapage. Un être parfait, quoi!... Et sans la petite dame des Champs-Élysées... mais quoi!... vous savez, on est jeune ou on ne l'est pas...

Elle parlait, elle parlait, sans trop savoir ce qu'elle disait, tant elle appliquait son attention à considérer le possesseur de cette superbe voiture.

—Indiquez-moi son atelier, interrompit M. de Breulh impatienté.

—Eh bien!... c'est au quatrième, à droite, le nom est sur la porte, on ne peut se tromper... Mais c'est égal, je vais conduire monsieur.

—Inutile, ma brave dame, je trouverai, ne vous dérangez pas.