Le fort, c'était d'être duchesse, de posséder deux cent mille livres de rente, d'habiter Paris, d'avoir une loge aux Italiens, d'éblouir le faubourg Saint-Germain.
Le faible, c'était la difficulté de rencontrer Norbert et, plus encore, l'avarice du duc.
—Mais bast! pensait-elle, il n'est pas éternel. Que peut-il bien vivre encore? Six ou sept ans. J'aurai donc vingt-cinq ans à sa mort.
Cependant, avant de rien décider en elle-même, elle voulut voir Norbert. Elle se le fit montrer le dimanche suivant à l'église, et ressentit à première vue une impression vive et profonde. Elle était frappée de sa mâle beauté, de l'expression ardente de ses yeux, de son attitude pleine de noblesse sous ses pauvres vêtements.
Sa pénétration féminine découvrait quelque chose des sentiments de Norbert. Elle devina qu'il était malheureux et irrité, qu'il souffrait.
Elle le plaignit et sentit qu'elle l'aimerait. Elle l'aimait déjà...
Lorsque, la messe achevée, on sortit de l'église, elle s'était juré qu'elle serait la femme de Norbert. Cependant elle ne dit rien de ses dessins à ses parents.
Sans savoir au juste ce qu'elle ferait, il lui semblait qu'on gênerait sa liberté d'action. Réussir seule, sans appui, sans aide, sans conseils, n'était-ce pas plus beau!
D'ailleurs, elle ne doutait pas du succès.
Mlle Diane de Sauvebourg était fort romanesque, et plus d'une fois au couvent, on lui avait reproché son exaltation, mais elle était en même temps très positive.