Les femmes seules ont assez de puissance pour associer ces deux dispositions si opposées; elles savent garder la tête froide quand le cœur flambe.
Cette toute jeune fille pouvait, tout en s'éprenant de chimères, rester prudente et calculer. Elle avait appris beaucoup de choses au couvent, et son maintien de vierge, son air candide, dissimulaient une notable expérience et surtout une parfaite entente des intérêts sociaux.
Avant tout, il fallait rencontrer Norbert et le rencontrer par le plus grand des hasards. Comment?
Tout à coup elle parut prise d'un accès extraordinaire de charité. Porter des secours aux malades, aux vieillards, aux petits enfants, devint sa grande et unique préoccupation.
Sans cesse on la rencontrait par la campagne, parfois suivie d'un domestique chargé d'un panier de provisions, le plus souvent seule, portant du bouillon dans une grande bouteille revêtue d'osier.
—On se trompe souvent sur sa vocation, disait M. de Sauvebourg. Diane, décidément, était née pour être sœur de charité.
Il ne remarquait pas, le digne gentilhomme, et personne ne remarquait non plus que lui, que les protégés de Mlle Diane se trouvaient tous demeurer du côté de Bivron, particulièrement dans les environs du château de Champdoce.
On ne la soupçonnait guère non plus d'établir ainsi des précédents, et de conquérir le droit de se montrer où et quand bon lui semblerait sans qu'on en jasât.
Mais c'est en vain qu'elle multipliait ses courses, changeait ses heures, prenait tantôt la traverse et tantôt la grande route, le «sauvage de Champdoce» était invisible.
Même, on ne le voyait plus régulièrement à la messe le dimanche. Souvent le duc venait seul.