—Réfléchissez, mon fils...

—Toutes mes réflexions sont faites!

On eût vraiment pu supposer que c'était chez Norbert un parti pris de blesser son père, de l'exaspérer, tant son attitude était provoquante, tant sa voix était brève et saccadée.

Mais ce n'était de sa part que maladresse involontaire.

N'ayant pas trop de toute sa puissance sur soi pour soutenir le rôle qu'il s'était imposé, il avait assez à faire à parler seulement, sans se préoccuper de ménagements habiles.

M. de Champdoce, lui, faisait visiblement tout au monde pour rester calme.

—Et vous espérez, reprit-il d'un ton de dédaigneuse pitié, que je me contenterai de cette réponse?

—J'espère que vous vous rendrez à mes prières.

—Vraiment!... J'aurai, moi, vieillard, moi, chef de famille, conçu un plan magnifique, digne de l'illustration de notre maison, je l'aurai mûri, j'aurai consacré ma vie entière à son exécution, je lui aurai tout sacrifié, et aujourd'hui, là, tout à coup, j'y renoncerais, parce que c'est la fantaisie d'un enfant, le caprice d'un misérable insensé!

Norbert ne comprenait que trop qu'il ne réussirait pas à vaincre l'implacable obstination de son père, qu'il ne parviendrait pas à l'émouvoir.