Ces quelques mots lui communiquèrent juste assez d'énergie pour traverser la chambre et aller s'abattre près du lit.

Une fois à genoux, le front appuyé sur la main glacée de son père, les larmes qui l'étouffaient jaillirent.

Il pleura, et en entendant ces sanglots, les assistants respirèrent.

Ce n'étaient que des paysans grossiers, mais en voyant Norbert plus pâle que si on lui eût tiré la dernière goutte de sang, les lèvres tremblantes, les yeux secs et brillants de l'éclat de la fièvre, ils s'étaient demandé s'il n'était pas devenu fou.

Il avait touché, en effet, les limites de la folie; mais à cette heure, la lumière peu à peu se faisait dans son cerveau, et avec la faculté de penser, la faculté de souffrir lui revenait.

Il était assez maître de lui pour ne pas paraître plus qu'un fils désolé, quand arriva le médecin de Bivron.

C'était un brave et honnête homme, fort savant, point prétentieux, et qui eût été parfait sans une déplorable affectation de brutalité.

Quand on lui eût expliqué quels secours on avait administrés en l'attendant, il examina longuement le malade, et écrivit une ordonnance qu'il remit à Norbert.

—Votre père est perdu, monsieur, lui dit-il, sans s'inquiéter du coup qu'il portait. Il se peut que nous sauvions la vie, nous ne sauverons pas la raison... On doit la vérité aux parents je vous la dis. Vous m'excuserez... je reviendrai demain dans la matinée.

Norbert n'alla pas reconduire le docteur. Il était tombé comme assommé sur une chaise, et il serrait entre ses mains sa tête qui lui semblait près d'éclater.