—Mon cher, murmura le caissier, c'est l'EMPLOYÉ QUI REND DES
SERVICES.

XXXIX

Le Zèle, comédie en quatre actes, en prose, par MM. Saint-Adolphe et Romain Caldas, allait être terminé et présenté à M. de Chilly.

M. Deslauriers, qui n'est pas un collaborateur pour rire, avait vigoureusement pioché. Il avait bel et bien mis pour sa part deux mots plaisants qui n'étaient pas drôles du tout. De plus il avait recopié de sa plus belle écriture les deux premiers actes.

Il achevait la copie du troisième un matin, lorsque Caldas entra.

—Cher Saint-Adolphe, dit le jeune homme, nous n'en, finirons jamais, si vous me laissez dans le bureau où je suis. Il faut absolument me mettre ailleurs.

—Ah! si je pouvais te faire travailler dans mon propre bureau, dit tristement Saint-Adolphe, je voudrais faire concurrence à Sardou et devenir le marquis de Carabas du boulevard. Malheureusement c'est impossible.

—Pourquoi? demanda Romain.

—Parce que ce n'est pas l'usage, et que l'usage est le tyran de l'Équilibre. Ah! tu ne connais pas nos bureaucrates, mon ami! l'usage les guide comme le caniche guide l'aveugle, et ils vont en aveugles, en effet. L'usage pour eux, c'est le transparent qu'on donne aux enfants qui s'exercent à écrire. La routine est leur foi, ils ont pour l'innovation l'horreur qu'éprouve pour l'eau la bête enragée. Avant de faire la moindre broutille, l'employé se gratte la tête. Vous croyez qu'il réfléchit? non; il se demande: «—Cela s'est-il déjà fait?»

Cela s'est-il fait? voilà le grand mot.