Le lendemain seulement, le souvenir de mademoiselle Blandureau, de cette inconnue qu’il devait épouser, vint méchamment troubler son bonheur. Il chassa vite cette idée importune, se disant qu’il aurait bien assez de toute sa vie pour penser à celle qui allait être sa femme, et il ne songea plus qu’à Louise.

Mais il revint à la charge, ce souvenir, plus vif, plus pressant. Au milieu des rêves d’Hector, mademoiselle Aurélie Blandureau se dressait devant lui, froide et sévère comme le remords. Elle disait:

—Que fais-tu, fiancé coupable, que fais-tu, tandis que je t’attends? Tu oublies, je le vois, cette lettre qu’il y a deux mois à peine tu écrivais à mon père. C’est une horrible trahison.

—Daignez m’excuser, ombre irritée, murmurait Hector. Vous devez bien comprendre qu’il n’y a rien de sérieux dans tout ceci; je vais partir et j’oublierai celle que vous croyez, bien à tort, votre rivale.

—Je suis ta femme, ou c’est tout comme, reprenait l’ombre de mademoiselle Aurélie; désormais toutes tes pensées m’appartiennent. Tu n’as plus le droit d’ouvrir ton cœur à une autre femme. Ton père a-t-il, oui ou non, donné sa parole? Tu as, toi, reconnu la dette. Est-ce ainsi que tu prétends remplir des engagements deux fois sacrés? Que dira M. Blandureau, mon trop crédule père?

—Hélas, oui! murmura Hector, que dira M. Blandureau?

Et il baissait la tête comme un coupable. Il ne pouvait s’empêcher d’avouer que l’ombre de la fiancée inconnue avait raison, et il cherchait à la désarmer par de belles promesses.

Enfin, le jour arriva où, après un examen de conscience, il dut s’avouer qu’il était sérieusement épris de mademoiselle d’Ambleçay, mais là, sérieusement, pour tout de bon. Il était amoureux comme jamais il ne l’avait été, comme il ne croyait pas qu’on pût l’être.

Ce fut le comble. L’ombre d’Aurélie devint inexorable. Elle le pressait, le tourmentait, le harcelait, le torturait nuit et jour. Il n’avait plus un instant de répit.

Pris comme dans un inextricable labyrinthe, entre le passé et le présent, il ne voyait pas d’issue à l’avenir. Il se creusait l’esprit à chercher un expédient pour concilier ce qu’il appelait son devoir et ses désirs les plus chers. Mais comme tous les hommes d’imagination, il n’arrivait qu’à des combinaisons romanesques et impossibles.