Il était bien disposé à ne pas épouser mademoiselle Blandureau, mais il ne voulait pas reprendre sa parole. L’idée d’une banqueroute au jour de l’échéance lui faisait horreur. C’était le seul moyen pourtant. Il le repoussa, ce moyen, le reprit, l’écarta, le discuta longtemps, et finalement dut se résoudre à l’admettre.
—Mon père, se disait-il, a pris des engagements; il n’en avait pas le droit. J’ai eu le tort de ratifier moi-même ces engagements. Mais qu’ai-je promis en définitive? d’aimer mademoiselle Blandureau. Or, l’amour n’est si beau que parce qu’il est involontaire, et j’en aime une autre. Si je tenais ma parole, je serais un malhonnête homme, car j’assurerais mon malheur et celui d’Aurélie. Donc, je dois m’abstenir. Il y a force majeure; ce n’est plus une banqueroute, c’est une faillite simple.
J’ai droit à un concordat.
Résolu à ne pas laisser échapper le bonheur qui passait à portée de sa main, il poursuivit son idée de rupture dans tous ses développements.
Quel tort faisait-il à mademoiselle Aurélie? Aucun certainement. Elle ne l’avait jamais vu, et ainsi elle ne pouvait l’aimer; donc, aucune souffrance. Étant très riche, elle n’aurait qu’à choisir entre tous les partis qui se présenteraient; donc, aucun préjudice.
Tout le difficile pour Hector n’était plus que de redemander sa parole à M. Blandureau. Cette terrible perspective le tint en suspens deux jours encore. Mais il usa ce remords comme les autres. Il décida qu’il écrirait lorsque tout serait terminé, c’est-à-dire lorsqu’il aurait demandé la main de mademoiselle d’Ambleçay.
Dès lors il bannit tout souci, donna congé au souvenir fâcheux de mademoiselle Aurélie, et, tout entier à son amour, il attendit une occasion favorable pour se déclarer bravement.
Bravement est peut-être de trop. L’audacieux Hector était devenu fort timide. Il aurait sans doute attendu longtemps encore, lorsque madame Aubanel précipita les événements. Pour la centième, la millième fois, il venait d’amener—maladroitement—la conversation sur mademoiselle d’Ambleçay.
—Ma présence ici la contrarie donc? demanda-t-il; c’était votre meilleure amie, madame, et depuis votre mariage elle n’est pas venue vous rendre visite une seule fois.
—Ah! vous avez remarqué cela? C’est grave, dit madame Aubanel.