—Oui, nous serons amis, se disait Hector; ta naïveté rend mon plan plus facile, et je ne te quitterai que lorsque tu seras devenu le plus impossible des époux.

Alors, pour resserrer cette amitié d’une heure, le fiancé d’Aurélie proposa à l’Anglais de le présenter le soir même à M. Blandureau.

Hector, qui connaissait la susceptibilité aristocratique d’un baronnet tory, se garda bien de lui dire que ce Blandureau était un négociant retiré.

VIII

Le commerce, à ce qu’on assure, n’est pas fait précisément pour développer les qualités du cœur et de l’esprit. C’est au commerce cependant que M. Blandureau doit une vertu rare et précieuse, qui domine son caractère et lui donne une certaine originalité, par le temps qui court.

Cet homme vaniteux est fanatique de ce qu’il appelle «la probité commerciale.»

Ce fanatisme date de ses débuts dans les affaires, lorsqu’il signait beaucoup de billets qu’il payait avec exactitude à l’échéance.

Il pouvait, sans être agité de vains scrupules, s’en tenir là. Le code particulier de l’industrie a des marges assez larges pour que chacun y soit à l’aise.

On achète, on règle, on paie, et on est considéré. Le surplus ne regarde personne.

Mais M. Blandureau ne voulut pas rester un négociant vulgaire. Sa signature avait cours comme un billet de banque, il résolut de donner à sa parole la valeur de sa signature. Dès lors, il s’astreignit à tenir ses promesses verbales non moins scrupuleusement que ses promesses signées. Il traitait hautement de coquins ceux qui ne se croient pas engagés tant qu’il n’y a rien d’écrit.