En revanche, vous pouvez compter absolument sur lui lorsque, pour la moindre chose, à propos de quoi que ce soit, il vous aura donné cette fameuse parole qui a cours à la Banque.
Vous l’avez invité à dîner, il vous a promis de venir, soyez certain qu’il viendra. Il viendra, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il tonne; il viendra malade, il serait venu mourant. Et il fera honneur à votre dîner, et il mangera, il boira, il sera bon convive, dût-il dans la nuit périr d’indigestion.
Aussi est-il extrêmement difficile de lui arracher une promesse formelle. Il hésite toujours, ne dit ni oui, ni non. Il redoute de s’engager, ne sachant jamais où cela peut le conduire.
Avec un tel caractère, M. Blandureau ne devait point songer à rompre un mariage arrêté jadis entre lui et M. Malestrat le père; il n’en eut pas même l’idée. Hector avait eu le bonheur de lui déplaire, mais il lui aurait déplu mille fois davantage que rien n’eût été changé à des conventions qu’il considérait comme sacrées.
Hector s’était cruellement trompé lorsqu’il avait cru ses affaires en bon chemin de ce côté. Si le premier soir M. Blandureau avait répondu évasivement lorsque son gendre futur lui avait demandé:—«A quand la noce?» c’est qu’il n’avait pas eu le loisir de la réflexion. Il avait éprouvé une déception cruelle et n’avait pas été maître de son dépit et de sa mauvaise humeur. Il avait obéi à ce premier mouvement dont il faut toujours se défier.
Hector n’était pas loin, que déjà l’ancien négociant se reprochait avec amertume une réponse qui pouvait éveiller certains doutes dans l’esprit du jeune homme, et lui donner à penser qu’on voulait temporiser pour l’éconduire ensuite poliment sous n’importe quel prétexte.
Bien certainement, s’il n’avait pas été si tard, M. Blandureau aurait couru après son gendre; mais il ne connaissait même pas son adresse à Paris. Il regagna son appartement, en se promettant bien de lui faire des excuses le lendemain.
—Ce mariage ne me plaît pas beaucoup, se disait-il, donc je dois me hâter de le conclure, mon honneur y est intéressé.
C’est à peu près ce qu’il répondit à sa fille, lorsque mademoiselle Aurélie lui avoua très catégoriquement que jamais elle n’aimerait le mari qu’on lui avait choisi.
—Je n’y puis rien, ma pauvre enfant, lui dit-il; nous nous sommes engagés dans une spéculation malheureuse, il faut en subir les conséquences. C’est surtout quand les suites doivent en être désastreuses qu’on a du mérite à ne pas faillir à ses promesses; nous ne faillirons pas à la nôtre; parole de Blandureau vaut de l’or.