M. Wellesley apparut à la famille Blandureau fascinée, comme l’incarnation vivante et admirable des grandes traditions de la noblesse. Madame Blandureau avouait, plus tard, que, ce jour-là, elle avait cru voir un empereur, pour le moins, entrer dans son salon.

Hector se trouva du coup relégué au second plan; mieux encore, il fut éclipsé, si bien qu’on ne sembla plus s’apercevoir de sa présence. Le gendre était oublié pour le nouveau venu.

De sa vie, le vaniteux négociant n’avait fait si gracieusement, avec tant d’affabilité, les honneurs de sa maison.

Pour son nouvel hôte, il eut des attentions délicates, presque respectueuses. Mais en apprenant que sir James doit hériter de la pairie, d’un de ses oncles qui siége à la Chambre des Lords, il devint tout à fait obséquieux.

De ce moment, il n’appela plus M. Wellesley que mylord. Il mettait à prononcer ce titre si magnifique une naïve et orgueilleuse emphase: il en avait, comme on dit, plein la bouche.

C’était à ne plus reconnaître le monsieur Blandureau qui fait si volontiers profession d’opinions aussi libérales qu’égalitaires. Lui qui, chaque fois que l’occasion s’en présente, dit nettement son opinion sur les prêtres et les nobles, il ne se sentait pas d’aise d’avoir à sa table un représentant authentique de cette aristocratie anglaise, la plus fière et la plus susceptible de la terre.

S’il se souvint d’Hector, ce fut pour le féliciter de ses belles relations, et le remercier d’avoir songé à lui présenter ce noble étranger.

Mademoiselle Aurélie était, s’il est possible, plus ravie que son père, et elle ne sut pas mieux que lui dissimuler ses impressions.

Sous le regard de M. Wellesley, ce regard qui n’exprimait absolument rien, que la satisfaction de soi, elle rougit comme une pensionnaire. Pour la première fois de sa vie elle fut embarrassée et douta d’elle-même. Enfin, chose étrange, elle crut sentir quelque chose comme un léger battement de cœur.

Mais aussi, pouvait-on rêver un gentilhomme plus convenablement guindé, plus parfaitement froid, plus noblement digne? N’était-il pas vraiment l’idéal de l’étiquette et de la solennité officielles?