Toute jeune fille, qu’elle se l’avoue ou non, caresse au fond de son cœur un héros invraisemblable qu’elle ne rencontre jamais dans la vie réelle; plus heureuse, mademoiselle Blandureau venait de trouver son héros.
Une subite métamorphose s’opéra en elle.
La hardiesse de son regard s’éteignit, sa voix devint moins impérieuse, son geste, son maintien se firent modestes.
Elle parut oublier son rôle superbe de reine, et redevint une jeune fille.
Enfin, elle eut pour sa mère des attentions et des prévenances qui stupéfièrent celle-ci. Madame Blandureau ne comprenait rien à ce changement, et son regard étonné semblait interroger toutes les personnes présentes, et leur demander la cause de tant d’affabilité.
La superbe Aurélie venait de trouver son maître.
Sir James, de son côté, ne fut pas long à comprendre qu’il était sympathique à tous. Il est de ces nuances imperceptibles que ne peut imiter la politesse la plus raffinée, et qui donnent bien vite à l’homme du monde la mesure de l’accueil qu’on lui fait.
Le baronnet se sentit plus à l’aise; sa timidité se rassura. Venu chez des étrangers, il se trouvait après moins d’une heure dans une maison amie. Il oublia donc un peu sa morgue, dénoua le masque de sa froideur et cessa de se tenir sur le qui-vive d’une prudence soupçonneuse.
En accompagnant Hector, M. Wellesley s’était bien juré de ne pas ouvrir la bouche. Il ne s’abusait pas sur sa facilité à parler notre langue, et ne voulait pas prêter à rire.
Certain qu’on ne se moquerait pas de lui, il osa parler et parla beaucoup. On ne le comprenait guère, à dire vrai, mais l’attention qu’on lui prêtait n’en était que plus grande.