Cette première soirée acheva de perdre Hector dans l’esprit de mademoiselle Aurélie.
Tout en prêtant une oreille distraite aux discours de M. Wellesley qui expliquait à M. Blandureau la différence qui existe entre un whig et un tory, différence que le négociant n’a jamais bien comprise, elle comparait involontairement les deux jeunes gens, et certes la comparaison n’était pas à l’avantage d’Hector.
Comme il lui semblait commun et trivial!
Il était gai, spirituel et railleur, il avait en parlant le geste animé des hommes du Midi; il riait, et, chose plus grave, les autres riaient en l’écoutant.
Quelle différence entre ces deux hommes, entre l’air plein de bonhomie de l’un et la physionomie glacée de l’autre, entre le regard clair et un peu moqueur d’Hector et le regard terne de sir James!
Comme on reconnaissait bien, à première vue, le neveu du pair d’Angleterre et le fils du marchand de Bordeaux! Car enfin, M. Malestrat était un marchand.
Mademoiselle Aurélie était devenue profondément triste, en faisant toutes ces réflexions.
—Et cependant, se disait-elle, cet homme que je hais, il me faudra l’épouser!...
A cette idée, elle était bien près de pleurer, et, pour la première fois encore, elle accusa d’imprudence son père, qui lui avait choisi un mari sans la consulter. Jamais elle n’avait été si véritablement malheureuse.
Sir James ne paraissait pas s’apercevoir que les heures s’écoulaient, et c’est à minuit seulement qu’il parla de se retirer.