Mademoiselle Aurélie ne retira pas sa main; même il crut sentir une légère pression de ses doigts, muette réponse à sa muette déclaration.

Sans doute sir James allait enfin bégayer quelques phrases, lorsque M. Blandureau entra. Le négociant ne remarqua ni la rougeur de sa fille, ni l’air embarrassé du baronnet. Il tenait un journal à la main et venait demander à «mylord» des explications sur la conduite du cabinet anglais dans l’affaire du San Jacinto.

Sir James réussit, après des efforts incroyables, à maîtriser son émotion. Que n’eût-il pas donné pour éloigner Blandureau? Il était aimé, c’était désormais une certitude pour lui; il eût voulu pouvoir savourer son bonheur; mais non, il lui fallait répondre aux questions de l’ancien négociant, qui lui répétait toujours:

—Que pensez-vous de l’enlèvement des commissaires du Sud?

L’infortuné baronnet ne pensait rien du tout, sinon que mademoiselle Aurélie est la plus belle des femmes. Il se rejeta dans les généralités et ne mit pas moins d’un bon quart d’heure à amplifier cet axiome de la politique britannique: «Les principes de morale sont éternels, mais le coton est indispensable.»

Cette journée, si heureusement commencée pour sir James, devait finir bien tristement, hélas!

Le matin, il avait reçu l’aveu tacite de l’amour de mademoiselle Blandureau; le soir même il apprit qu’elle était la fiancée d’Hector et qu’avant un mois elle serait sa femme.

C’est l’ancien négociant lui-même qui lui révéla cette funeste nouvelle. M. Wellesley pâlit et chancela sous le coup.

—Est-ce possible? balbutia-t-il, est-ce possible?

Son trouble était trop visible cette fois. M. Blandureau fut obligé de s’en apercevoir.